Mise en contexte: Voici un billet (intelligent) que j’ai écrit pour un cours à l’École nationale de l’humour…place au spectacle!
L’achat local
Acheter local est rendu in et n’est plus uniquement réservé aux « greenpeace-équiterriens». Je suspecte même certaines Madames de s’y risquer incognito entre deux visites chez Wal-Mart. L’achat local est enfin sur le point de faire partie des règles d’or du magasinage.
Mais comme dans toutes règles, il y a une exception. Alors que la bouffe, les vêtements, les sacs réutilisables et tout ce qu’on peut y mettre profitent de cette prise de conscience sur les vertus de l’achat local, quelqu’un s’en sort haut la main: la télévision. La télé, nouvelle Reine du foyer, bénéficie comme tous les autres dignitaires de l’immunité diplomatique.
Combien d’émissions sur nos chaînes proviennent des États-Unis? Pour faciliter ce calcul, je repose ma question autrement (vous pourrez alors compter sur vos doigts): combien d’émission sur nos chaînes proviennent du Québec? Attention, n’oubliez pas de soustraire les rediffusions de vieilles téléséries, ces corps morts qui empestent la boule à mite dans nos salons.
Cher téléspectateur, même si les crottes de fromage qui te sèchent autour de la bouche quand tu écoutes « Drôle de Video » viennent du Québec, ça n’annule pas le fait que les grosses que tu vois tomber dein mariages et que les perruches qui s’cassent la gueule viennent de Big Bucket, Nebraska. On les a simplement camouflées par une narration cheap d’un has-been de chez-nous.
Et quand une chaîne québécoise décide de rayer de sa programmation les séries de télé-réalité américaines, ne crie pas « victoire » pour l’achat local. Crie « déménagement » puisque ces édifiantes séries ne font qu’élire domicile sur une autre chaîne de chez-nous où plusieurs auteurs et artisans pouvaient aspirer travailler. La voilà la réalité qui s’étale sous tes yeux grand ouvert cher téléspectateur.
Et pourtant, on ne compte plus le nombre de concepteurs, créateurs, auteurs québécois, plein d’idées, de projets, de « je suis prêt à cogner à toutes les portes ». Pas besoin de nous compter. Nous sommes tout simplement trop à nous faire voler nos cases horaires par des obèses qui décident de maigrir live, ou autres chef-d’oeuvre sous-titrés ou dans le meilleur des cas, mal traduits.
Pourquoi? Trop cher! Pour un diffuseur, un producteur, le calcul est simple: attirer un maximum de cotes d’écoute en payant un minimum de frais. Pas besoin d’avoir réussi tes maths fortes pour comprendre qu’une série québécoise pouvant se permettre un extravagant 5 minutes de tournage extérieur dans un sous-bois pour recréer une saga abitibienne, ne clanchera jamais un show américain qui peut faire exploser 5 grattes-ciel parce qu’un personnage est fâché-fâché.
Aujourd’hui, pour avoir une émission Made in Québec, faut que ça coûte rien. Si bien que Made in Québec est souvent Made vite en criss et donc, de moins en moins intéressant pour les créateurs d’ici. Quand vient le temps de remplir la programmation, l’achat local c’est out!
À défaut de payer le prix pour pour avoir une télé de qualité, nous paierons le prix de nous être laissés aveugler par cette belle lumière made in USA que vomissent nos téléviseurs.
En attendant, pas besoin de l’accrocher au mur pour me prouver que ta télé, elle est plate.
kri