J’ai fait l’expérience. J’ai sorti mes béchers, ma glace sèche et mon ampèremètre puis j’ai fait l’expérience. J’ai enfilé ma doudoune, enroulé mon foulard, enfoncé ma tuque et j’ai chaussé mon plus beau sourire. Eh oui, je suis sortie prendre une marche avec, croyez-le ou non, un sourire. J’ai osé le sourire! J’aurais eu un AK 47 dans y’eule que l’émoi aurait été moins grand! Donc vous imaginez sans doute la cohue que mon sourire a causé! Ce n’était même pas un sourire de marque; ce n’était pas un Louis Vuitton, ce n’était pas un Gucci, et ce n’était même pas un TWIK! Non c’était mon simple petit sourire à moi et pourtant Beaubien était sans dessus dessous!
La police a dû intervenir, une troupe de brigadiers d’urgence a été dépêchée sur les lieux et tous les commerces ont fermé leurs portes. Même «Fou de la Gaspésie» un commerce qui ne vend que des produits de la Gaspésie. C’est révolutionnaire comme concept. La demande Montréalaise pour les produits du terroir Gaspésien était immense. Désormais, les 95 personnes de Montréal qui ne peuvent pas se rendre en Gaspésie en voiture ou en autobus, peuvent maintenant allez rejoindre la Gaspésie en duplex. On entre dans la boutique et on a l’impression d’être dans l’trou du rocher Percé. Ça sent l’paysage à plein nez!
Donc, de retour sur Beaubien… Voyant que je marchais avec un sourire menaçant, les employés de commerces désormais fermés d’urgence, sont sortis avec des crayons feutres, des cartons et des 2×4! Ils se sont gossés des pancartes de rançon d’air de boeuf. Ils ont téléphoné à l’hélicoptère TVA et ça y était, une manifestation était née! On se serait cru dans un film improbable et OHHHH combien novateur de Will Smith! Mon sourire déstabilisait toute âme vivante. Personne n’avait le droit de me regarder dans les yeux, de peur de se faire mitrailler de joie de vivre! Les chats détournaient le regard, les personnes âgées me méprisaient, les aveugles parlaient dans mon dos et les Emos saignaient noir de la cornée! Tout l’monde scandait à tue-bête : « So so so, sauvons nous d’elle! » Il n’y avait rien à faire. Les accidents se succédaient les uns après les autres, les enfants me criaient des bêtises et le bonhomme piéton me faisait de l’attitude avec son : « Talk to the hand! »
C’est fou comme un seul sourire perturbe les gens. Un seul rictus et on est soudainement couronné suspect numéro 1 d’Al-Qaida! Des chiens pisteurs sont venus me fouiller parce que ça sentait le trafic de bonheur! Personne ne m’a retourné mon sourire! Non, en échange, on m’a plutôt retourné une télé défectueuse et un : « Approche-toi pas de moi ou j’appelle l’Association des familles de personnes assassinées ou disparues! »
Les gens craignent le sourire, il craignent le bonheur et ils craignent d’autant plus le sourire de quelqu’un de bonheureux. Mais je crois que les gens craignent d’abord et avant tout être la personne désagréable qui n’a rien à se plaindre de… la personne qui semble apprécier ce que lui offre la vie… la personne à qui on a honte de confier ses bitcheries de peur qu’elle dédramatise la situation. Comment survivre à une telle pression? Comment accepter un tel rejet social? La réponse est simple : éviter le bonheur à tout prix. Éviter les endroits où il se tient. Éviter les partys d’Halloween, les anniversaires de bébés, les weekends entre amis dans un chalet en bois rond, et les surprises dans les boîtes à céréales.
Ainsi, votre sourire en sera un de marde qui vous ira à merveille à l’arrêt d’autobus! Un air bête 14 carats pour toute occasion! Non!!! Ne souriez surtout pas, quelqu’un pourrait l’apprécier et être tenté de vous suivre jusque chez vous, d’entrer par infraction, de vous ligoter, de vous faire dire mononcle en sifflant pour ensuite voler toutes vos surprises à céréales! Vous avez raison, rien ne sert de sourire; la vie c’est des tits-pois No Name en canne! Marcel Béliveau disait :« Quoi qu’il arrive gardez le sourire », moi j’vous dis : « Quoi qu’il sourisse, gardez Alain Stanké ». Ça ne fait peut-être pas de sens, mais ça va vous donner une raison pour faire une face du cul!
mh